Là où le lapsang souchong chinois est fumé au bois de pin, ce thé noir japonais est fumé avec des copeaux de fûts ayant servi pendant des décennies au vieillissement de whiskies japonais. Le bois en garde le parfum et donne au thé un caractère qui évoque le single malt, sans alcool dans la tasse. Les amateurs de whiskies tourbés d’Islay devraient s’y retrouver, et il se prête aussi très bien aux cocktails. Bien que le cultivar yabukita soit réputé pour avoir un peu d'astringence, le fumage du thé adoucit et arrondit le tout, en enlevant toute trace d'astringence et d'amertume.
Ce thé noir de cultivar yabukita vient de Kiriyama, sur le plateau de Makinohara à Shizuoka, défriché à partir de l’ère Meiji par d’anciens samouraïs du dernier shogun Tokugawa. Il est produit par Kaneroku Matsumoto-en, une famille de producteurs depuis trois générations, qui perpétue le chagusaba : chaque automne, les herbes hautes des prairies voisines sont fauchées, séchées puis étalées entre les rangs de théiers pour nourrir le sol et le garder humide. Cette méthode traditionnelle, qui préserve aussi la biodiversité des prairies, est reconnue Patrimoine agricole mondial par la FAO.